
Les anges dominent. Ils règnent en maître… sur un monde qui n’est plus que ruines et décombres jadis fumantes. Partout, les âmes en peine ne cherchent qu’à se détruire. C’est l’avènement des démons. Toute vie doit cesser. Le règne de la mort est arrivé. Tremblez mortels. Sous ses regards acérés pointent des flèches au venin foudroyant. Sa faux plane, comme une sinistre promesse à quiconque croiserait son funeste passage. La large lame est aujourd’hui ensanglantée par le sang des damnés. L’obsidienne rougie par leur sang déploie sa terrifiante présence.
Les nuages font peser leur sombre menace sur une terre flamboyante. Dans un fracas d’orage, une pluie plus noire que les âmes de ceux qui se sont perdus ici-bas s’abat sur les âmes et noie les cœurs. Malheur à ceux qui sont restés dehors et n’ont pas eu le temps de se terrer. Un sort pire que celui que leur réservait la Faucheuse les attend : cette pluie ronge ceux qu’elle a frappés de sa terrible malédiction. L’eau s’insinue entre la peau, décolle les os et les nettoie.
Abominations en tous genres, venez vous repaître des cadavres qu’elle a laissés sur son chemin. Accourez, araignées cauchemardesques, rampez, cafards immondes. L’abondance n’est que de courte durée. Les carcasses encore chaudes finissent par se relever et rampent en gémissant vers leur absence de destinée, comme des automates désarticulés sans avenir. Point de mort ici bas. Elle n’est qu’un début. Celui de longues souffrances, d’une éternelle agonie. Souffrez pauvres mortels car tel est votre lot ici-bas !
Les anges ici sont les tortionnaires qui officient à vos gémissements. Ils ignorent ce qu’est la pitié. Ces âmes aujourd’hui damnées sont les maîtres d’œuvre du sinistre orchestre qui joue sans interruption. Les voix des maudits entonnent un canon de cris de souffrance, de plaintes sans fin, étouffées par les hurlements de douleur et les gargouillis d’effroi. Elles viennent grossir le chœur des damnés. Cris, plaintes et gémissements montent en un crescendo abominable et s’envolent dans les nuées. Contrepoints infernaux, des monstres ailés hurlent et grognent. C’est la curée. Tremblez mortels ! Les anges d’ici ne connaissent rien au Paradis. Ames damnées comme les autres, quoique plus fortunées. La seule loi qu’ils connaissent est celle du plus fort et ils sont au sommet de la sinistre hiérarchie qui s’est établie dans ce monde que nul ne souhaite visiter. Beaucoup de ces anges damnés sont estropiés. Des combats fratricides les blessent plus que leurs longues traques impitoyables. Tremblez âmes damnées. Pauvres bipèdes isolés, insectes, cafards et araignées. D’en haut, vous n’êtes que des proies pour ces ailes décharnées.
Ce monde est dors et déjà condamné. Les vrais anges s’en sont allés, laissant leurs bouffons diriger la mêlée. Ceux qui restent ont des crocs et n’ont plus qu’une idée : dévorer tout ce qui passe à leur portée. Carcasses putréfiées, charognes rampantes, cadavres encore pendus aux gibets, troncs humains restés sur les rouets. Hurlez ! Implorez ! Votre fin à tous n’est pas encore arrivée. Vos tourments ne sont pas prêts de s’arrêter. Les vrais maîtres d’ici règnent despotiquement et vos douleurs sont leurs joies.
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