La porte des Enfers

 

Un monde inconnu et tourmenté s’offre à mon regard éperdu. Un ciel d’un rouge plus noir et tordu que les ténèbres elles-mêmes tourbillonne en maints vortex béants. Les nuages dansent une sarabande infernale, passent en furie au-dessus d’un vaste espace désolé.

La terre semble avoir eu un haut le cœur. Des pics cauchemardesques surgissent dans une absence d’ordre effrayante. Les lois de la géologie semblent défiées par ce paysage ténébreux. Des crevasses profondes, des abîmes titanesques succèdent à des monts isolés, ravagés par le vent et ravinés par la pluie. Des formes torturées apparaissent parfois au gré des éclairs qui ne cessent de meurtrir ce monde dévasté. Les arêtes projettent leurs ombres crénelées sur une terre cendre, poussiéreuse. Des formes humaines, pétrifiées, hurlent à l’agonie. Le vent transporte leurs cris, avec force rage et fracas. 

Au-dessus de cette sinistre mêlée, domine un sommet des plus acérés. Une tour titanesque dresse sont indicible grandeur par-delà les nuages et les vortex enragés. Des pignons saillissent l’imposante colonne et dentellent sa surface de pieux finement découpés. Seul un esprit torturé peut avoir osé bâtir un tel lieu. Comment s’y retrouver ? Les tours sont innombrables et les toitures branlantes. 

Un chemin sinue entre les monts aux alentours dispersés. Ces cimes montent une garde éternelle. J’ai l’impression que nulle personne ne peut passer entre ces monstres de roc sans se faire remarquer. Le chemin monte vers la tour. Un pont-levis abaissé semble m’y attendre. Moi-même, pourtant terrifié, je n’ose m’arrêter. Mes pas paraissent attirés vers ces sinistres silhouettes que je crois voir bouger. Des colosses fantastiques dressent leur stature et tiennent fermement les flèches qui permettent d’abaisser le pont de bois. Celui-ci passe au-dessus d’un ravin si profond que je ne peux en voir le fond, un brouillard ténébreux me masquant son étendue. Je m’avance sur l’étroit passage, craignant de tomber à tout moment. La porte s’ouvre en grinçant devant moi.

C’est alors que je me réveille. Toutes les nuits le même rêve. Je m’arrête avant de voir ce qu’il y a derrière cette porte. J’ai bien envie de découvrir ce qui se cache derrière. J’ai l’impression que le vent porte mon nom, que des anges le claironnent, perdus au milieu des souffles qui se contredisent, se heurtent et s’affrontent. Je suis appelé, je le sens. Alors, pourquoi ne pas avancer ? Pourquoi me réveiller ? 

- Parce que tu n’étais pas prêt. 

La voix calme me fait sursauter. Je suis pourtant seul dans ma chambre. Qui d’autre a bien pu parler ?  Je me précipite sur ma lampe de chevet et l’allume.

- Je ne me cache pas. Si tu voulais la lumière, je l’aurais allumée, ironise la voix, un brin sarcastique. Lumière allumée ou non, je reste aux pieds de ton lit. Mais fais comme tu veux.

Dernière mise à jour de cette rubrique le 07/06/2008

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