
Le vent continue de souffler dans les plaines et mon guide s’amuse à jouer avec lui. Sa longue cape de voyage volette, l’enveloppe au point de le faire ressembler à un vampire, tels ceux des contes. D’ailleurs, en parlant de vampires, ce lieu devient de plus en plus sinistre.
- Comment cela se peut-il ? lance Mortimer, après avoir dévoilé mes pensées. Il est vrai que tout est sinistre. Mais si tu parviens à voir des différences, alors tout n’est pas perdu pour ce monde. Tu t’imprègnes de la magie de ces lieux. Tu commences à regretter les combats fratricides et éternels.
Une forêt impénétrable s’ouvre devant nous. La tour n’est plus très éloignée. Je vois sa cime dépasser des arbres. A moins qu’elle soit si haute qu’on peut la voir de loin. Toujours est-il que les arbres ont des troncs torturés, tordus, parfois même broyés. Comme si quelque incroyable titan avait décidé de jouer avec et de leur donner les formes les plus horribles possibles !
Avancer à tâtons dans l'obscurité
Toujours se méfier des ténèbres
Se perdre n’est pas le vrai danger
Ecoute bien cette oraison funèbre.
Boule de lumière, lucioles bourdonnantes
Venez dissiper le noir, fugacement
Le monstre qui est en attente
N’aime que les proies tentantes
Mortimer a allumé une lampe de voyage et avance le long d’un étroit sentier. Je le suis alors qu’il chante toujours son étrange mélopée, sans pour autant sautiller. La gravité des lieux l’aurait-elle à son tour frappé ?
Ténèbres contre lumières
Lueurs contre l’obscurité
Le combat sans fin est lancé
Qui des deux va mordre la poussière ?
Mortimer me distance. Quel guide ! Je dois toujours courir après lui. N’a-t-il pas conscience de sa tâche ? Il doit m’amener vivant aux pieds de la Tour. Je dois franchir moi-même le seuil du cœur des ténèbres. La lueur de sa torche décroît rapidement. Il ne s’est pourtant pas si éloigné que cela. Tout juste quelques mètres me séparent de lui.