Comme une araignée solitaire

Je tisse ma toile patiemment. De mes mains graciles naît un ouvrage de perfection et d’ingéniosité. L’architecture de mon piège m’émeut. Rien n’est plus beau sous le jour naissant. L’alliance entre la solidité et la légèreté rend ce piège si magnifique qu’il se pare des atours de l’indestructibilité.

 

 Et pourtant…

 

Mon ouvrage a subit tant et tant de dégradations. Des monstres de cauchemar, gigantesques, sont venus emporter mes fils, arracher ma toile, pulvériser mon œuvre. Des créatures difformes, plus encore que moi, ont ravagé mon piège sans y prêter garde. Leurs crocs acérés sont venus déchirer ce que j’avais mis tant de temps à bâtir. Ils sont passés récemment. Encore une fois. Leurs cris effroyables sont venus percer mes tympans. Les trompettes de la mort ont annoncé leur venue. Puis les rasoirs sont entrés en action. Aveugles, impitoyables. La trombe s’en est allée aussi vite qu’elle est arrivée. Mais elle reviendra. J’en suis sûr. Cela a toujours été le cas. Pourquoi cela changerait-il ? Toujours quand j’approchais de mon but. Quand j’atteignais le bonheur. Mais les chantres du mal guettent la moindre parcelle de joie, pour attaquer…Depuis, je pends à un fil, le dernier qu’il reste de ma construction. Je vis.

 

 Et pourtant…

 

 Il n’est pas aisé de capturer mes proies. Des proies bien particulières. Si particulières que je n’en ai pas encore vu. Un mythe ? Pourtant, c’est pour ces créatures que je suis né. Pour leur capture. Jamais elles ne se sont prises dans mes filets. J’ai pourtant tout fait pour les attirer et les capturer. Des promesses. Des offrandes… mais rien n’y fit. Mes efforts n’ont pas été couronnés de succès. Je désespère de goûter à ce met que l’on m’a dit succulent. Attraper le bonheur n’est pas chose aisé. Il est si volatile, si rare, si précieux… Ma toile était faite pour les capturer.

 

Et pourtant…

 

Ce que j’ai pris dans mes filets ne sont que des éphémères. Sitôt capturés, sitôt envolés. De bien fugaces proies se prennent dans ma toile. Je me contente de ces ersatz de bonheur. Ces joies éphémères sont délicieuses quand j’y goûte. C’est un met assez rare, aussi je l’apprécie quand il vient se perdre chez moi. Je m’en empare sans tarder. J’ai peur qu’il ne vienne à s’échapper. Je me précipite dessus, l’enlace, le cajole, avant de le dévorer. Parfois, il s’envole entre mes bras. Je n’aurai fait que l’entrevoir, sans plus. Des promesses envolées. Des joies esquissées. Rien d’autre. Mais quand j’y goûte, mes papilles s’émerveillent. Comme je voudrai que ces instants durent plus longtemps ! Mais ce sont des éphémères, alors, que demander de plus ? Mais tous les matins, des larmes de rosée viennent se piéger dans ma demeure. Ma toile scintille sous les reflets de ces larmes amères. Les pleurs du ciel et de la terre se mêlent à mes propres larmes. Les gouttelettes coulent le long de mes fils. Il faut vite les ramasser sinon mon piège ne fonctionnera pas. Je le construis et je l’entretiens pour capturer mes proies depuis si longtemps que la tâche devrait être aisée.

 

 Et pourtant…

 

 Me voilà encore pendu à un fil. Ma chasse est à nouveau perdue. Ce que j’avais pu prendre et conserver s’est envolé. Parti. Fini. A tout jamais. Toujours pareil. J’en ai assez. Une vie entière de désillusion et d’effroi. D’attentes contrecarrées. Je suis pendu à un fil. Il est le seul lien qui me maintient en vie. J’ai bien envie de le couper. Mettre fin à ce calvaire que j’endure. Mettre fin à ma quête insensée du bonheur. Ce mythe en veut à ma vie. Un geste pour me décrocher. Une chute et les ennuis seront terminés.

 

Et pourtant…

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 26/03/2008

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