Où suis-je ? Ah oui, je suis mort. Salauds d’Anglais ! Des traîtres ! Des perfides ! Des sournois ! Je l’ai toujours dit. Il faut se méfier de la Perfide Albion. Nul ne sait quand ils vont poignarder leurs alliés dans le dos. J’aurais dû m’en rappeler, car je ne fus par leur allié. Tout juste leur prisonnier. Un captif bien encombrant s’ils ont résolu de se débarrasser de moi par ce procédé infâme, bien digne de leur double visage de sycophantes ! Moi captif, reclus sur une île, sans possibilité de rémission ou d’évasion, j’ai été empoisonné.
Mais je suis de retour…
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PV d’installation du dénommé Napoléon Bonaparte,
Ce cycle, j’ai accompagné Napoléon Bonaparte, nouveau-mort, récemment débarqué dans notre contrée, à ses quartiers. Le petit général, le grand empereur des Français a passé l’intégralité du voyage à regarder les rives du Styx. A quoi pensait-il ? Je ne le sais. Il est vrai qu’ordinairement, mes passagers ne daignent pas m’adresser la parole. Je ne suis qu’un esclave indigne de leur attention sans doute. Cependant, ils ne conservent pas leur mutisme durant toute la traversée. Ils s’extasient sur les rivages riants des Champs-Elysées, s’apitoient sur leur sort lorsque l’on s’approche du Tartare, hurlent d’effroi lorsque l’on s’arrête non loin du territoire du Léviathan. Lui est resté muet. Pas un mot, pas un soupir. Mon but n’est pas de faire la causette. Je ne suis pas un taxi. Je tiens cependant à vous mettre en garde. Il ne m’inspire pas confiance.
Charron, relations humaines, comité d’accueil des nouveaux-morts.
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Le voyage m’a ouvert les yeux sur ce nouveau monde que je découvre. Nouvelles terres, nouveaux maîtres. Je ne les connais pas. J’ai, comme à mon habitude, étudié les possibilités de ce monde en terme militaire. Il y a de quoi faire. Les rives du Styx, car tel est le nom de ce fleuve noir que j’ai traversé, semblent être la clé de ce monde. Tout nouveau mort doit le franchir pour rejoindre sa dernière demeure. Celui qui tient le Styx tient les autres régions limitrophes.
En ce qui concerne le paysage, il n’y a pas grand chose à dire. J’ai vu les Champs-Élysées, mais j’étais trop loin pour bien m’en faire une image. Je suis passé à côté du Tartare. Si je n’ai pas vu grand chose, j’ai entendu le gémissement des résidents. Rien de bien méchant à vrai dire. Les tortionnaires des lieux ne sont pas très imaginatifs : les peines sont sensiblement les mêmes qu’il y a une éternité. C’est d’un ennui. En revanche, lorsque la barque s’est approchée du Léviathan, mes narines ont tout de suite reconnu une odeur familière : celle du feu, de la poudre.
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Rapport d’incident concernant le dénommé Bonaparte
Ce cycle, le général récemment arrivé parmi nous s’est vivement plaint des conditions de son hébergement. Mes hommes ont dû l’expulser manu militari des gorges d’Albion, du haut desquelles il haranguait la foule, déclarant qu’elle était l’esclave des maîtres despotiques qu’il fallait renverser au nom du libre-arbitre. S’exprimant à des damnés, je ne saurais trop vous dire l’étendue des ravages qu’il aura pu occasionner dans ces esprits gémissants jadis soumis. Après son départ, la foule s’est soulevée contre les démons tortionnaires qui reprenaient leur occupation. Certains damnés du Purgatoire ont refusé de retourner dans les fosses bouillonnantes pour y subir leur peine, malgré les risques qu’ils encourraient. Nous les avons bien averti que leurs peines risquaient d’être prolongées s’ils n’obéissaient pas, nos arguments n’ont pas porté leurs fruits. Certains se sont même levés pour reprendre des discours pour le moins subversif, se rebellant contre notre système, jugé archaïque et despotique. Nous avons capturé ces hommes et les avons isolés. J’ai joint les procès verbaux de la mise en quartier de haute sécurité des dénommés Robespierre, Hébert et Marat. D’autres risquent cependant de reprendre leurs idées faussement progressistes pour propager le mal.
Concernant le dénommé Bonaparte, nous avons voulu le mettre aux fers, mais nous nous sommes aperçus de sa disparition. Nos équipes de limiers le recherchent activement, mais je crains qu’il ne se soit caché dans le maquis du Cocyte, jouxtant sa demeure.
Cerbère, chef de la police de l’enfer et des frontières