C’était la nuit. Une nuit calme, comme il y en avait tant en été. La journée si torride suffisait à écraser de fatigue toutes les créatures qui vivaient dans cette région. Il n’y avait donc pas un bruit, à l’exception des quelques hiboux et chauves-souris partis en chasse. Leurs silhouettes se dessinaient dans un ciel sans nuage. Ils étaient les maîtres de la nuit.
Tout était calme. Même les humains, toujours si bruyants, toujours si envahissants, s’étaient retirés dans leurs masures, où ils s’étaient calfeutrés toute la journée. Les villages dormaient paisiblement. Les fenêtres étaient closes, les lumières éteintes. Personne ne traînait dans les rues. La nuit n’était pas le domaine des humains. Ils avaient peur du noir, peur des créatures des ténèbres. Ils se barricadaient le soir venu, craignant tout autant les chimères nocturnes qui peuplaient leurs contes que les éventuels malandrins qui pullulaient dans les villes pourtant lointaines. Les humains avaient toujours peur. Ils se croyaient la journée les maîtres du monde et s’apercevaient le soir venu qu’ils étaient fragiles, qu’ils s’effrayaient de la moindre brise qui soufflait dans leur dos. Ils préféraient laisser la nuit à toutes les chimères et aux autres créatures surgies de leur imagination fertile.
Or, une petite fille se glissait dans la nuit, chassant les ténèbres à l’aide d’une petite lanterne qu’elle tenait de sa main gauche. Elle marchait d’un bon pas, sans crainte et sortait du village pour se rendre dans la lande voisine. Sa silhouette furtive se dressait seule, sur ce terrain ras qu’était l’immense région qui s’étendait tout autour du hameau. Pas une forêt, pas même un bosquet n’y dressait sa ramure. Toutes les plantes s’étaient données le mot pour ramper le long du sol. Quelques rares buissons se découpaient sur la plaine, mais ils étaient trop clairsemés pour offrir un abri. Dans un ciel sans nuage brillait l’imposant disque de la Lune, escorté par des myriades d’étoiles. La jeune fille hâtait le pas. Ici, sur la lande, elle était vulnérable, visible de tous et de loin. Nulle part où se cacher, nulle part où s’abriter des regards. Elle se dirigeait vers le loch. Il s’étirait dans une ancienne vallée glaciaire, aux pieds de mots suffisamment hauts pour être coiffés de neige, même en été. Ses eaux noires et profondes étaient d’un calme absolu. Le ciel s’y reflétait sans être brouillé par aucune vaguelette, aucun clapotis. Elle pouvait y voir sans peine les montages se refléter sous un ciel bleu nuit, barré de la traînée laiteuse qu’était la Voie Lactée. La jeune fille qui s’était approchée des eaux clames croyait qu’elle volait car rien ne distinguait le ciel de son reflet. Elle avait l’impression qu’elle allait pouvoir s’abîmer dans le ciel en mettant les pieds sur la surface.
Elle marcha le long des berges boueuses quelques instants, sautant de rocher en rocher pour éviter de trop salir ses chausses et trahir ses secrètes sorties nocturnes. Une autre petite fille en faisait autant dans son reflet. L’image était gracieuse. Un numéro de ballet parfaitement coordonné entre la personne et un reflet presque réel. Finalement, elle s’arrêta sur un petit promontoire fait de rochers empilés par la main de l’homme. Un ancien cairn dressé, au-dessus d’une sépulture millénaire, d’un chef ancien et respecté, montant la garde face aux eaux du loch. Elle s’assit sur le tombeau millénaire et attendit. Elle regardait les environs. Les montages semblaient vouloir se refermer sur le lac. Elles s’étiraient jusqu’à l’horizon où elles finissaient par se rejoindre. Du moins, c’était l’impression qu’elles donnaient.
Aucun commentaire
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web