Encore une porte qui se referme. Ce n’est pas la première, ce ne sera certainement pas la dernière. Le démarchage est difficile de nos jours. Les gens n’ont plus envie d’être tentés par ce que je propose. Ils n’en ont peut-être plus les moyens. Que je hais ces périodes de crise ! C’est redoutable pour le secteur dans lequel je travaille. Je propose des services aux personnes. Réalisez votre vie ! Faites-vous plaisir ! Après tout, ne vaut-il pas mieux succomber à la tentation ? Terminez votre vie en beauté !
Hélas, mon argumentaire ne fonctionne pas et me voilà à la rue, devant des portes qui ne cessent de se claquer, de se refermer sur mon visage. Les techniques habituelles ne suffisent plus à exercer mon apostolat. Je vais peut-être vous paraître vieux jeu, mais je pense qu’avant, c’était beaucoup plus facile. Je n’avais pas besoin de mettre tant d’artifices dans ma manière de me présenter pour vendre ce que j’ai dans le magasin. Je n’avais même pas besoin de me grimer complètement. Une simple transformation, un simple déguisement, pas toujours complet me suffisaient pour exercer mon art. Mais aujourd’hui tout a changé. Les hommes sont devenus si soupçonneux. Ils n’ouvrent pas à n’importe qui, se méfient des autres comme de leur ombre. Ils ont peur. Peur de quoi ? De qui ? Ils ne m’ont jamais vu. Il faut montrer patte blanche, déjouer les systèmes de sécurité et surtout, partir avant qu’ils n’ouvrent le feu ! Il me faut donc user de davantage d’artifices. Me masquer complètement. Car l’honnêteté ne paie pas, c’est évident.
Cela dit, je crois savoir qui me fait le plus de tort. Il y a un autre démarcheur éternel. Vous ne le voyez qu’une seule fois. Une seule représentation. Et ce qu’il propose, bien rares sont ceux qui peuvent le refuser. Ca arrive, mais c’est surprenant. Vous connaissez certainement ce meurtrier infatigable. Quand la Mort frappe à votre porte, vous ne pouvez faire autrement que d’ouvrir et d’accepter son seul et unique produit. Pas de carte de visite. Pas de masque. Un squelette, un ange noir, qu’importe la forme qu’elle prend, puisque le résultat est là. Et moi, je souffre de ceci. Comment cela ? C’est hélas très simple. Qui voudrait ouvrir à une personne à l’air peu engageant comme moi alors que la mort rôde dans les parages ? Voilà pourquoi je souffre de la présence de cet agent infatigable de mon patron.
Une nouvelle porte. Un nouvel échec en perspective. Comment le sais-je ? Il n’y a qu’à observer les croix sur le perron. Ils ne vont certainement pas apprécier les charmes de ce que je propose. Le plaisir de la chair ne devrait pas les atteindre. Mais on ne sait jamais. Mes années d’apostolat m’ont appris une chose : ne se fier à aucune certitude. Penser positif. C’est la clé du succès. J’ai déjà réussi à proposer cela à quelques prêtres. Si eux ont succombé, peut-être pourrai-je parvenir à mes fins.