Drapeau blanc

Ne tirez plus, je me rends !

 

 Rien à faire, le bruit des balles et des obus est trop fort et couvre ma voix. Quel vacarme. Mais bon sang, cessez le feu. J’ai eu mon content de mauvaises nouvelles aujourd’hui. Ne tirez pas sur le condamné !

 

 Sale temps pour se rendre. A croire que mon adversaire ne souhaite que mon anéantissement. Normalement, selon les conventions, si quelqu’un se rend, il doit être mis aux arrêts, pas exterminé. Ce ne sera qu’une entorse de plus au règlement. Une de plus ou une de moins, qu’est-ce que cela change ? J’en ai tellement vu. Je suis un vétéran. La guerre et son cortège de lois bafouées, je connais. Je ne vois que cela. C’est certain, il y a une nette différence entre la guerre pensée et la guerre vécue. Ici, point de chevalerie, d’actes héroïques. Rien qu’une boucherie sans nom. Un carnage monumental. Les corps sont fauchés par ce qui, à l’arrière, est considéré comme un chef d’œuvre de technologie et de propreté. Si je n’avais pas le visage emporté par une rafale, je sourirais à cette pensée. Mais bon, je ne commande plus à mes muscles. Mais n’allez pas croire que les balles des mitrailleuses se logent toutes dans le cœur des victimes. C’est un conte pour enfant. Un conte des temps de guerre.

 

 Mon mouchoir hissé sur ma baïonnette, je le dresse au dessus de la tranchée. Mais va-t-on le voir ? Déjà qu’on ne m’entend pas. Et puis, qui a eu l’idée d’un drapeau blanc ? En plein hiver, lorsque les champs sont recouverts d’une bonne couche de neige, il n’est guère visible. Mais le mien, on le verra. Il y a quelques tâches de sang.

 

 Comment cela « ça fait tâche » ? Vous avez les moyens d’avoir mieux ? J’ai dû essuyer quelques plaies, faire un ou deux bandages avec ce mouchoir. Le drapeau blanc ne fait pas partie du paquetage du soldat. C’est bien normal.

 

Alors, du nouveau ? A-t-on compris que je déposais les armes ? J’en ai assez de tout me prendre sur la figure. Encore une explosion. Assourdissante la réponse. On ne m’a pas vu. On ne m’a pas entendu. Que me reste-t-il pour demander grâce ? Je ne vais tout de même pas monter à l’assaut de la tranchée ennemie, tuer quelques hommes pour protéger ma vie et me constituer prisonnier ! Dans le genre, ce serait une première.

 

Si je tenais l’imbécile qui a choisi le blanc comme couleur de la paix ! Pour moi, ce sera la couleur du deuil. Un de ces obus finira bien par m’avoir.

 

 Au moins, je serais en paix.

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 03/01/2008

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