Election

20 heures. 

 

 L’heure tant attendue est arrivée.

 

Après un décompte qui a pris une éternité.

 

Le vote est passé, le vote est fini.

 

Les tensions vont se déliter. La société a choisi son chef.

 

Toutes les radios, toutes les chaînes de télévision clament haut et fort la victoire du changement, la victoire du candidat. Celui-ci est arrivé à la tribune et lance son appel. Un discours enflammé, un discours de vainqueur. Il rappelle ses engagements, félicite son adversaire et remercie les électeurs.

 

 Comme chacun, Sébastien a regardé les débats, lu les programmes. Il était difficile d’y échapper. Chaque camp allant de sa réplique assassine, de son tacle grossier, de ses commentaires félons. Albion dans son isolement paraissait moins perfide que ces gladiateurs des temps modernes. Il a vu l’effondrement de certains, l’ascension d’autres. Il a été gorgé de commentaires… et a même parié sur le vainqueur.

 

Il se rappelle les remarques des journalistes. « Un grand pas pour la démocratie !»  « Le retour de la république ! », « L’ère du changement ! ». Ce vote était un grand moment. Il lui a pris dix minutes dans la journée, pour se déplacer et valider son choix. Ce dernier quant à lui a pris plus de temps. L’indécision était maximale. Qui choisir entre ceux qui incarnaient à leurs dires le changement ?

 

 Sébastien s’est souvenu des débats orchestrés avec ses collègues de travail autour de la machine à café. Le bouillonnement des idées, l’agitation des cellules. Il y avait participé. Est-ce que les candidats allaient symboliser le renouveau ? Assurément ! Pas du tout ! Chacun s’emportait contre les autres, contre les candidats. Partout avaient lieu ces mêmes discussions enfiévrées, dans toutes les maisons, dans tous les foyers, toutes les entreprises, tous les commerces. La société entière était en effervescence. Un véritable bain de jouvence pour la démocratie.

 

 Heure de gloire, heure de grandeur. Le pays faisait le titre des journaux de l’étranger. Les envoyés spéciaux des plus grands groupes de presse internationaux aux plus insignifiants papiers locaux avaient été dépêchés sur place et avaient inscrit pour les leurs et la postérité le renouveau du goût de la démocratie dans ce pays dont tout le monde se moque et dont personne ne se soucie.

 

Le vainqueur est encore à la tribune. La télévision et les radios parlent d’une même voix, la sienne, sans décalage, sans retransmission. Les images sont les mêmes. A quoi sert-il d’avoir autant de journalistes sur place si c’est pour diffuser les mêmes vidéos ? N’ont-ils qu’une seule caméra ?

 

 L’horloge sonne la demi-heure. Sébastien soupire. L’aspirateur l’attend dans le recoin. Il y a encore un peu de poussière à enlever.

 

Un coup d’œil sur le calendrier. Demain, lundi, il faut reprendre le travail. Se lever tôt, revoir les mêmes têtes, effectuer les mêmes actions, rencontrer les mêmes problèmes.

 

 La parenthèse démocratique se referme aussi brusquement qu’elle s’est ouverte. Une main sur la télécommande, Sébastien coupe l’orateur dans son discours et reprend le film qu’il avait arrêté pour voir la tête qu’aurait le nouveau chef de l’Etat. C’est maintenant chose faite. Retour dans le futur, il y a encore l’Etoile de la Mort à détruire.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 20/01/2008

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