H.A.

Le soleil est écrasant. Trop chaud pour travailler selon certains. Les plus censés sans doute. Comment peut-on travailler sous cette chaleur ? L’effort est important. Tirer une charrue sous un soleil de plomb, voilà qui est inhumain. Comme…

 

Le jeune homme balaya ses pensées d’un geste de la main. Il s’épongea le front. De grosses gouttes de sueur perlaient le long de ses mains. Il se remit au travail et poussa le soc de métal dans le champ.

 

- Espèce de fainéant ! hurla le fermier. Va plutôt en ville, me chercher un remède contre les puces. Ma vache en est infestée.. Tire au flanc !

 

Le jeune homme s’exécuta, non sans rechigner. Lui qui avait sauvé le monde d’une énième menace mortelle, lui qui avait brandit toutes les reliques sacrées contre Mortaz le Nécromancien et qui l’avait vaincu…le voilà obligé de faire les commissions d’un fermier gras et peu amène. Il y avait de quoi râler et se maudire… Son fonds de commerce, c’étaient les ennemis, les méchants fourbes et fous. Sans eux, il n’était rien. Pourquoi avoir porté le coup de grâce ? En temps normal, les méchants trouvaient toujours le moyen de sauvegarder leur âme pour revenir quelques mois plus tard. Pas celui-ci. Le nécromancien avait bel et bien périt. Il avait porté son ultime coup, celui contre lequel Lezan n’avait rien pu faire. IL aimait à maudire cet homme qui lui avait porté un coup fatal, qui l’avait privé de son destin glorieux en se laissant abattre sans résister. Sans ennemi, il était redevenu le fermier qu’il avait toujours été, hormis les deux années qu’avait durées sa quête.

 

Les premiers bâtiments de la ville se dévoilaient. Les remparts massifs se dressaient sur son chemin. Eldarcite la Perdue.

 

Une foule importante l’attendait aux portes de la ville. Des concerts d’applaudissements, de vivats… Les habitants avaient déployé des banderoles portant son nom. Même le bourgmestre était présent, lui qui ne sortait quasiment jamais du fait de son embonpoint. IL parla….parla très longtemps. Un discours fleuve comme il avait toujours su les faire.  Puis il franchit les portes des remparts ceignant la ville. Les herses étaient décorées de guirlandes, des étendards claquaient dans les airs, arborant les armes de la prophétie.

 

- Papiers !

 

La voix froide et atone du sergent préposé à la surveillance de la porte le tira de sa rêverie. Personne ne se rappelait de lui. Il était redevenu un anonyme. Il était, comme tous les autres, fouillé à son entrée. Il se fondait dans la masse de la foule de marchands et de fermiers qui passaient les lourdes portes fortifiées.

 

Il fut autorisé à passé. A nouveau, il entrait dans ce lieu qu’il avait libéré. Mais personne pour l’accueillir. On le bousculait, on ne faisait pas attention à lui. Un gros homme lui marcha sur les pieds. Un autre le percuta dans sa course. Tous étaient pressés. Tous avaient la mémoire courte. Ils avaient un héros à leurs pieds, voire même en dessous, et ne s’en apercevaient pas.

 

- Il est là ! Il est là !

 

Une jeune drapière dévalait la rue en hurlant de joie. Elle dépassa Lezan qui pensait qu’elle parlait de lui pour se précipiter sur la grand place du village. L’ancien héros haussa les épaules. Tant pis. Il n’était pas attendu. Il poursuivit son périple. Ses pas le menèrent vers un attroupement.

 

Il fendait la foule en liesse qui se pressait autour d’un jeune garçon équipé d’une armure et d’une épée.

 

- Voici le nouveau héros hurlait-on. Regardez le nouvel espoir !

 

Pour ce que celui-ci allait devenir. Nombreux étaient les aspirants héros à partir. Rares étaient ceux qui survivaient aux épreuves. Beaucoup de déchets pour peu de reçus. Lezan se rappela avoir dû vivre seul pendant quelques nuits, au milieu des forêts infestées de créatures peu sympathiques. Il se rappela avoir également risqué la pneumonie en cherchant l’épée que lui tendait une naïade au milieu d’un lac en hiver… Comment d’ailleurs faisait-il pour supporter une fine robe de soie dans une eau glacée ? Lezan se rappela avoir grelotté deux jours après cette rencontre providentielle.

 

Aussi ne donna-t-il pas deux jours avant que le paysan ne finisse sur le côté d’un chemin, dévalisé, assassiné, mort de froid… Il reprit alors sa route, en pensant qu’il avait été, lui aussi, adulé comme ce jeune blanc bec. Lui également avait été porté aux nues. Peut-être qu’un ancien héros s’était glissé dans la foule venue l’aduler. Mais il ne l’avait pas vu.

 

[suite]

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Dernière mise à jour de cette page le 15/12/2007

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