La bataille avait commencé. Les phalanges du bélier s’étaient heurtées à nos lignes de lanciers dans un fracas assourdissant. Le carnage était épouvantable. Nos hommes menaçaient de faiblir. Leur aile fut soudain menacée par les silhouettes cauchemardesques des charognards d’achéron. Qui ne peut se sentir pris de terreur face à ces monstrueux tandems, hommes et montures revenus d’entre les morts, portés par les vents ténébreux ? Ces cavaliers décharnés doivent leur nom à leur rapidité. Ils surgissent de nulle part, sèment mort et chaos puis repartent dans les ténèbres avant de fondre à nouveau sur la piétaille. Leur propension à charger des unités déjà paniquer et démoralisées leur a valu ce sinistre nom, dont ils ne peuvent tirer ni déshonneur ni fierté car ce ne sont que des zombis, des marionnettes portées par l’énergie noire des seigneurs nécromanciens.
De la colline du haut de laquelle nous, fiers chevaliers barhans, observions le combat, je ne pouvais m’empêcher de recommander l’âme de mes compagnons fantassins à Arin tant j’étais persuadé de notre échec. Les marées infernales semblaient intarissables. La faille taillée dans les montagnes semblait vomir toutes les créatures échappées des enfers. Nos frères d’armes luttaient vaillamment pied à pied contre d’anciens compagnons tombés quelques instants plus tôt et ranimés par les sombres nécromanciens bien cachés derrière les paladins noirs qui leur servaient de garde personnelle. Je crois bien dire que nous bouillions d’impatience. Pourquoi ne chargions nous pas les hordes de damnés pour secourir nos frères ? Qu’attendait notre capitaine pour nous faire entrer en action ? Beaucoup d’entre nous, moi compris, aurions déjà été en bas en train de combattre si nous n’avions pas mis notre foi et notre confiance dans les mains du capitaine le plus révéré de notre royaume. Il devait y avoir une raison à notre attente. Nous patientions donc.
- C’est à nous à présent.
La voix calme de Khûrar (au passage, c’est un nom peu courant, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, mais bon, on ne peut penser à tout !), notre capitaine donnait la mesure de sa détermination. Une détermination à l’opposée de sa taille. De mémoire de noble du Lion, jamais on n’avait vu si petit chevalier. Et pourtant, j’en avais connu des chevaliers hors normes. On aurait dit un enfant s’il n’était aussi redoutable au combat. Je n’avais jamais vu homme si brave, si déterminé. Il était devenu une légende parmi les rangs de la noblesse barhane, pourtant habituée aux hauts faits d’armes.
Il chevauchait un magnifique destrier blanc bardé d’armure. Pour atteindre les étriers dorés, on avait confectionné des échasses habilement dissimulées en jambières, de sorte que nul ennemi ne connaissait sa véritable taille. Hormis ces mensurations hors du commun, il portait la même armure que nous autres. Que dire d’autre sinon qu’il était mal proportionné ! Quelle tête énorme pour un si petit corps (oui je sais, j’ai été très long pour comprendre la vérité. Mais on nous demande de guerroyer, pas de penser ! Et lorsque le temps libre le permet, mes réflexions me portent vers mon aimée et non vers mon capitaine.) Fort heureusement la valeur d’un chevalier ne se mesure pas à son aspect physique. Loin s’en faut. Il aurait fallu le voir défier les créatures les plus redoutables de notre contrée. C’était un spectacle merveilleux qui réchauffait le cœur de tous ceux qui luttaient à côté de lui. Il inspirait le courage par ses actes et redonnait confiance à ceux qui se laissaient gagner par le désespoir. C’est d’ailleurs ce qui devait faire tenir ceux qui combattaient en contrebas et qui pataugeaient dans les cadavres tombés sous les armes des deux camps.
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