Le golem

Kyra n’en revenait pas. Ce fut le souffle coupé qu’elle observa Aran embrasser Ellia, sa meilleure amie. Comment ce jeune homme avait-il pu à ce point la trahir ? Elle avait tant cru à leur idylle. Voilà plus d’une semaine qu’elle attendait Aran à la sortie de la forge du village pour faire ensemble le chemin vers la ferme de ses parents. Elle s’était imaginée qu’il se passait quelque chose durant ces promenades. Le chemin était tellement long qu’ils en profitaient pour parler de ce qu’ils avaient fait la journée. Il lui racontait comment il battait le fer, tandis qu’elle se plaisait à lui expliquer quel était son rôle dans les cuisines du Seigneur Tanaran. Ils s’étaient même embrassés une fois. Bien sûr, ce n’était qu’un simple baiser, rapide, presque  à la volée. Pour autant, Kyra en avait conclu qu’Aran éprouvait quelque chose pour elle. Il n’avait pu être aveugle à ses appels.

 

Et voilà qu’elle découvrait ce beau jeune forgeron en compagnie d’Ellia, une amie d’enfance, tous deux enlacés et s’échangeant un baiser langoureux. Un baiser comme Aran n’en avait jamais déposé sur les fines lèvres de Kyra. Un baiser ayant un goût amer, celui de la trahison.

 

- Comment tu as osé me faire ça ? s’exclama Kyra en tremblant de colère à l’adresse de son amie.

 

Les coupables sursautèrent. Ils n’avaient pas vu Kyra. Ils s’étaient pensés à l’abri des regards, dans cette impasse que, normalement, personne n’empruntait. Ils desserrèrent leur étreinte subitement, comme si leurs deux corps se repoussaient. Ils croisèrent les bras dans leur dos et regardèrent obstinément le sol, tels deux enfants commettant une bêtise pris sur le fait.

 

Kyra fermait ses poings si forts que ses mains en blanchirent. Elle serrait les dents et ses yeux jetaient des éclairs. Elle était devenue l’incarnation même de la colère, terrorisant les amoureux malgré sa petite taille.

 

- Ecoute Kyra…, tenta timidement son amie.

- Jamais ne n’aurais cru ça de toi, tempêta Kyra, la voix blanche plus coupante que des lames de rasoirs. Nous nous connaissons depuis notre enfance. Jamais je ne t’ai trahie. Je t’ai toujours couverte quand tu chapardais des pommes dans le champ de père. Quelle ingratitude !

- Sois raisonnable Kyra ! osa le jeune homme.

 

Aran était pitoyable. Il ne savait plus où se mettre. Sa voix, d’habitude si forte, était devenue  une jérémiade plaintive, presque inaudible. La jeune fille blessée lui jeta un regard plus noir que l’obsidienne. Il trouva néanmoins le courage de continuer, d’une voix de plus en plus imperceptible.

 

- Tu sais très bien que ce n’était qu’une amourette, sans lendemain. Je t’aime, mais c’est avec Ellia que je me sens mieux. Je t’aime comme un frère aimerait sa sœur cadette. Tu es si attendrissante, si petite…

 

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Dernière mise à jour de cette page le 14/11/2008

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