Les trésors ne sont pas tous d'argent et d'or

C’est un matin qu’il pensa maudire toute sa vie. Il menait une existence si tranquille, qui lui avait valu son nom Wergar le doux. Pourtant, il avait été plongé sans échappatoire dans les affres de ce que le monde médiéval pouvait produire de pire. Il avait été dérangé par un concert de trompettes et de clairons, alors qu’il préparait son petit déjeuner, un chevalier cuit au bain-marie. Il était alors sorti pour voir ce qui se passait, prêt à griller l’inconscient qui osait le troubler pendant l’une de ses activités favorites. Mais lorsqu’il extirpa son corps pesant de la caverne qui lui servait de domicile, il se retrouva face à une délégation humaine, servant d’escorte à un petit homme bedonnant et grassouillet arborant une couronne démesurée. Pourtant, l’idée de l’ajouter à son menu n'effleura pas l’esprit de l'imposant monstre. Il était trop surpris pour penser et agir de manière rationnelle. De nombreuses questions se bousculaient en effet aux portes de son esprit, bloquant le passage aux actes que lui aurait dictés son instinct. Que faisait ce roi dont il ignorait jusqu’au nom devant sa caverne ? Quelle terrible raison le poussait à le défier, lui, un vénérable dragon, bien plus âgé que ce paltoquet grassouillet? Et tant d'autres du même genre.

 

 Si l’arrivée de ce roi inconscient tétanisa Wergar par son caractère suicidaire ou dénué de toute logique, son message lui coupa le souffle. Comment avait-il trouvé le courage de prendre la parole ? En temps normal, les humains n'osaient provoquer le moindre bruit, fusse-t-il celui de la respiration, de peur d'attirer l'attention de leurs prédateurs sur eux. La risible voix fluette du monarque ne trembla presque pas lorsqu’il se mit à lire l’épais parchemin qu’il déroula d’un geste sûr. Ce dernier l’accusait de ne pas remplir ses devoirs de dragon, ce qui avait été confirmé par les supérieurs du Conseil Supérieur des Grands Wyrms. En effet, il était rappelé que, de par sa nature, il était contraint à certains devoirs dont le pire d’entre tous : capturer une princesse de manière à ce qu’elle soit libérée par un chevalier. Cette tradition médiévale séculaire visait à éprouver le courage des prétendants ainsi que leur force, tout en permettant aux bardes, troubadours et trouvères de toutes contrées de renouveler leurs insipides répertoires stéréotypés. Cette contrainte peu enviable avait mit fin à la vie de quelques grands vers, n'épargnant ni les jeunes encore inexpérimentés, ni les vieux sages aspirant à plus de tranquillité. Il y avait une autre raison qui avait poussé Wergar à ne pas respecter ce contrat tacite: il préférait de loin éviter tout contact avec les êtres vivants, humains de surcroît. Il aimait sa solitude et son indépendance et ne tenait pas à nouer des relations de quelque nature qu'elles soinet avec ces fragiles créatures à l'égo démesuré. Lui n’embêtait personne, mis à part les quelques chevaliers et paysans qui constituaient son ordinaire. D'ailleurs, un sifflement lui rappela que le chevalier allait dépasser le temps de cuisson.

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 02/01/2008

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