Je me sens si seul. Assis, je converse avec l’ordinateur. Pensée froide et sans vie. Il m’écoute sans me répondre. Son regard LCD reste vide et n’imprime que les idées que je jette. Triste consolation que de parler avec une mécanique inerte et logique qui ne comprend rien aux sentiments.
Mais mes doigts courent sur le clavier, retraçant du mieux qu’ils peuvent mes états d’âme, mes sentiments désordonnés. Ma bouche a cédé la place aux doigts. Eux seuls savent retranscrire le chaos qui occupe mon esprit.
Les murs de ma chambre semblent se refermer sur mon être. Une geôle pour m’isoler encore plus. Les mots de Baudelaire me reviennent à l’esprit.
« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis.
Et que de l’horizon, embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits…. »
Je me sens pareil au poète. Torturé, anéanti, achevé. Peu à peu je verse dans la folie. J’ai peur du lendemain mais je l’attends avec impatience. Rien ne sert de tourner en rond dans ma cage. Mes pensées tentent de s’évader, mais en vain. Elles se perdent alors dans les ténèbres.
C’est alors que je l’entends. Ce coassement sinistre. Ce battement d’ailes lugubre. Il vient. L’oiseau de mes cauchemars. Le volatile de mes nuits. Sa silhouette plus noire que mes pensées, son regard froid. J’ai peur. Il vient se gorger de mes effrois, de mes doutes. Ripailler de mes peines est son seul plaisir. Un plaisir que dispute le fait de chasser mes joies. Car quand il arrive, mes meilleurs souvenirs se terrent. Ils tremblent face à l’incarnation de la mort qu’il est.
A ce nouveau ce croassement.
Le monde s’ouvre sous mes pieds. Je me raccroche à ce que je peux. Mais tout se dérobe. N’ai-je plus rien qui puisse me servir de bouée de sauvetage ? Suis-je sur le Titanic ? Vais-je sombrer corps et bien ? Mon âme va-t-elle s’évanouir et gagner le tourbillon gémissant que j’entrevois de temps en temps ? Nul cri ne saurait dépasser en horreur le coassement sinistre du corbeau. Le tourbillon des âmes mis à part. Concert gémissant de faces torturées. Je peux les entrevoir de temps à autre, surgissant du flot brumeux dansant follement.
Je suis suspendu dans le vide, au-dessus du tourbillon. J’ai réussi à m’accrocher à quelque chose. L’amitié me tient encore debout. J’ai des amis sur qui compter, des relations qui peuvent me sauver de ce terrible destin qui m’attend.
A nouveau ce battement d’ailes.
Le corbeau vient se poser sur mon bras tendu. Je frissonne. Quelle terrifiante créature. Le long de son bec perlent quelques gouttes de sang, vestiges d’un précédent festin. Non… je ne veux pas sombrer ! De mes yeux épouvantés j’assiste à l’inévitable. La créature s’approche de mon visage. Ses serres arrachent quelques chairs de mon bras. Je me retiens pour ne pas hurler. Mais à quoi bon ? La mort arrive.
Le tourbillon s’emballe, comme s’il s’apprêtait à m’accueillir. Les ténèbres de son coeur se dissipent enfin. Je découvre alors ce qui y était tapis. Dieux…. Quelle monstrueuse araignée ! Ses mandibules claquent en prévision du festin qui va tomber.
Ma vue se brouille. Un liquide chaud coule le long de mes joues. Je pleure. Je ne savais plus ceci possible. Triste idée que d’apitoyer le corbeau. C’est lui qui pourtant décidera de ma vie ou de ma mort. Vais-je rejoindre l’araignée ? Le ciel de ténèbres va-t-il se refermer sur ma chute ?
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