Il attend, tapis dans son antre. Il sait que bientôt, son plat de résistance va arriver. Déjà, il a tendu ses filets. Son piège est prêt. Il ne manque que la proie. Mais elle viendra. C’est certain.
En attendant, il aiguise ses griffes et ses crocs. Il les lustre. Ils sont si polis qu’il peut y voir son reflet. Ce n’est pas très joli à voir. Il est plutôt difforme, bouffi. Des années de traque sans se déplacer énormément l’ont rendu massif. Un cauchemar pour ses proies quand elles le voient fondre sur elles, agitant ses membres dans une danse frénétique.
Un frémissement dans l’air l’avertit. Ses sens aiguisés lui ont permis de savoir qu’une infortunée victime allait tomber dans son piège. Il ne se risque pas à sortir, malgré la curiosité qui le tenaille. Qu’y a-t-il au menu ? L’affaire ne vaut pas le risque de perdre son repas. Il s’est déjà trahi auparavant. Bien avant que son corps ne devienne si monstrueux. Il avait alors pu fondre sur sa victime et la rattraper in extremis. De toute façon, il le saura bientôt.
Ses poils vibrent. La victime approche. Elle marche vers son destin. Elle s’est aventurée sur un territoire qu’elle ne pourra plus quitter. Elle n’est pas encore consciente du danger. Mais ça ne saurait tarder. IL sait tout. Des années de traque lui ont permis de connaître chaque moment, chaque idée qui traverse l’esprit de ses proies. Il a savamment dosé son piège pour que l’angoisse s’empare insidieusement de ses victimes. Il fallait bien cela pour remplacer les joies de la chasse. Il ne sait plus ce que c’est que de courir après avoir débusqué un gibier. Maintenant qu’il attend, embusqué, que les proies viennent s’échouer chez lui, il lui faut bien de nouvelles sensations.
Un nouveau frémissement, plus sec. Il vibre de plaisir. Son moment préféré est arrivé. La victime a découvert la nature du piège et commence à paniquer. Qu’il est bon de sentir la peur. Déjà, ses crocs claquent de joie. Il retient un soupir d’aise. Les vibrations se font plus rapides, plus saccadées. La victime s’empêtre dans les filets. Elle tente de quitter ce repaire, mais elle ne fait que s’emmailloter davantage.
Elle passe enfin devant son antre. Sur le dos, les côtés, les pattes. Tout y passe pour tenter d’échapper à son destin. Mais à quoi bon. Elle finit par relâcher ses efforts. Elle a compris, la pauvre victime. Elle tourne la tête vers le monstre qui attend, tapis.
C’est un autre des grands moments qu’il attendait. Le moment de se dévoiler. Le moment où la peur et la panique se mêlent en un effroi insupportable, une terreur primale. Un dernier cri avant que les griffes n’entament la chair de la victime. Un dernier cri avant le râle d’agonie.
Finalement, la chasse n’offre pas cette extase que procure l’attente. Le frisson de la traque a cédé la place à celui de l’embuscade. C’est tout un art, toute une technique au service d’un corps bouffi et monstrueux.
Un coup sec et la victime meurt sur le coup. Le craquement des os est le dernier bruit qu’il entendra. Celui qui annonce la fin de la chasse et l’heure de la curée. Quel frisson !
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