
Un éclair flamboyant s’échappa des mains d’Ekhar et frappa le guerrier en armure. Celui-ci s’envola et retomba violemment sur la bibliothèque d’ébène. Malgré le poids, le héros se releva, toussota puis s’épousseta.
- Même pas mal ! A moi maintenant !
Il braqua son épée en direction du nécromancien. Un rayon de lumière bleue s’échappa de la lame. Le magicien noir para l’attaque magique. Le rai détourné pulvérisa un alambic séculaire.
- Ta puissance n’est pas suffisante, ricana le mage noir. Tu va connaître la souffrance !
Il partit d’un rire diabolique, inhumain. Son visage squelettique accentuait le côté inquiétant de ce rire. Les dents claquaient sinistrement, alors que les lueurs rouges qui brillaient dans les orbites creusées s’intensifiaient malsainement.
Le guerrier qui l’avait défié dans son repaire se mit en garde. Son armure étincelante avertissait ses ennemis de la protection divine dont il bénéficiait. Son épée rayonnait elle-aussi. Le guerrier s’affichait en tant que héros de la lumière. Il brandit son épée en direction du nécromancien, ricanant toujours diaboliquement.
- Par la sainte triade, les reliques sacrées de Nchkong et l’épée vengeuse de Saint Tholl prépare-toi à mourir, créature du mal !
- Et toi, meurs, créature du bien ! Dernier espoir pathétique de ton peuple. Ma victoire va être complète ce soir !
- Par les saintes culottes de MacGregor, puissance maximale !
La phrase magique venait enfin de tomber. Après deux heures de combat, une salle en ruine, des coups violents et des rafales magiques puissantes, le héros venait enfin de comprendre qu’il ne pourrait jamais vaincre le sorcier sans utiliser toute la puissance magique dont il disposait. Il en avait mis du temps…comme tous ses collègues d’ailleurs. A croire qu’il fallait se prendre dérouillées sur dérouillées pour activer ces pouvoirs surpuissants.
Un coup de tonnerre ponctua le début des hostilités. Les deux adversaires se faisaient à présent face. La haine brillait dans leurs yeux. Chacun lisait dans le regard de l’autre qu’il n’y aurait d’autre alternative que la victoire ou la mort. Pas de quartier ! Le héros de la lumière se lança à l’assaut du magicien démoniaque tandis que l’orage tonnait de plus belle.
***
Quelques années étaient passées depuis la rencontre fatidique. Le monde avait changé. Le nécromancien avait gagné. Le héros s’était empêtré dans ses colifichets et artefacts censés lui garantir une victoire facile. Il s’était affalé de tout son long aux pieds de celui qui incarnait le mal. La sanction avait aussitôt suivi . Le vainqueur avait abattu son arme sur la tête du malheureux héros. Un liquide rouge s’était épanché sur les marches du podium menant à un portail de ténèbres. Ekhar se souvint avoir rit comme un dément après avoir abattu la champion de la lumière. Ses plans s’étaient concrétisés. Enfin, le mal avait gagné. Les séides démoniaques s’étaient alors abattus sur le monde. Le mal victorieux, il y avait eu de quoi jubiler. Il était le premier méchant à avoir réussi cet exploit. Le champion des ténèbres enfin récompensé de ses efforts : il était le seul à avoir pu mener à bien un plan bien préparé et à s’être retrouvé face à un héros maladroit, chance que n’avaient pas eue ses prédécesseurs. Les héros avaient toujours bénéficié d’une veine incroyable. Ils étaient tous les mêmes : benêts, naïfs, imbus d’eux-mêmes. Ce n’étaient jamais que des brutes auréolés d’un titre ronflant décerné par une divinité désœuvrée qui n’avait rien d’autre à faire que distribuer des armes surpuissantes que les héros abattaient par chance sur l’ennemi. Le héros qu’il avait rencontré s’était montré beaucoup moins compétent que les autres. Déjà que question réflexion, ces derniers n’étaient pas des lumières et n’arrivaient pas à la cheville des forces du mal ! Celui-ci avait dépassé de loin les records de bêtise. Comme quoi, les armes ne faisaient pas tout, il fallait un soupçon de chance, de réflexion… [suite]