Théocrath, inquisiteur gobelin

Theocrath, inquisiteur gobelin


Aelius n’était pas un inquisiteur des plus souples mais le spectacle qui se déroulait sous ses yeux lui retournait l’estomac. Pourtant, il était un fervent adepte de la Question. Il avait même écrit un traité de torture où il élevait cette discipline au rang d’art. Mais jamais au grand jamais il n’était allé aussi loin dans la douleur.


- Allons, mon cher confrère, lui décocha le maître de cérémonie en souriant de toutes ses longues dents. On dirait que vous vous sentez mal. C’est l’odeur qui vous gène ?


L’odeur ? C’est vrai qu’elle était assez insupportable. Comment avait-on pu présenter le captif devant le saint tribunal sans l’avoir décrassé ? Et surtout, où l’avait-il enfermé durant l’instruction du procès de sa loge ? Un porc sentait meilleur.

 
Ce n’était cependant pas l’odeur qui était le plus intolérable. C’était ce mélange de cri de douleur, d’horreur et le raffinement des tortures. Cela faisait des heures que le prisonnier était supplicié par l’inquisiteur le plus cruel qu’il avait rencontré…et le plus laid d’entre tous. Mais également le plus ingénieux.


« Un bien digne fils de Rat », pensa Aelius forcé de reconnaître le génie créatif de son collègue gobelin en matière de torture. Il avait trouvé le moyen de se servir d’une dizaine de façons différentes de chacun des instruments mis à sa disposition par la Très Sainte Inquisition. Parfois, la manière dont ce dernier se servait des outils avait de quoi surprendre Aelius qui n’avait jamais imaginé tout le parti que l’on pouvait tirer de certains d’entre eux. Tout cela sans que son patient ne succombe à ses blessures.


- Ne croyez-vous pas que vous allez un peu loin, inquisiteur Theocrath ? Il me semble que nous avons tout ce dont nous avons besoin, lança Aelius sur le point de révéler à tous en quoi consistait son petit déjeuner.

- Je vous croyais plus solide, déclara sournoisement le gobelin qui s’apprêtait à utiliser une pince démesurée. Si le spectacle vous gène, je vous en prie, sortez. Je m’en voudrais d’exposer votre sainte foi et votre cœur si délicat à cette nécessaire Question. Je n’ai pas besoin de larmes. Celles de mon sujet me suffisent amplement.


Aelius se sentit profondément humilié devant les bourreaux et les templiers de l’inquisition. Ils étaient pourtant impassibles mais qui sait à quoi ces hommes pensaient devant ce triste spectacle. Il se mit à éprouver de la compassion pour le supplicié, pourtant considéré comme ennemi de Mérin par les siens et à ce titre pouvait faire l’objet d’une telle procédure, pour le bien de l’humanité.


Theocrath savourait ce moment. Toute sa vie il avait été rabaissé par ses pairs, autant gobelins qu’Akkylaniens. Il sentait qu’il détenait un pouvoir sur le misérable homme qui lui jetait des regards pitoyables. Plus celui-ci hurlait, plus il lui faisait mal. Toutes les séances de torture se passaient de la même manière. Il posait ses questions, obtenait des réponses et poursuivait l’interrogatoire jusqu’à ce que mort s’ensuive. Non par sadisme (quoique) mais par abus de pouvoir. Toutes les vexations qu’il avait subies, toutes les brimades et les sanctions injustes trouvaient leur exutoire durant ces séances. Il était le maître de cérémonie et il le faisait savoir. C’est la raison pour laquelle il opérait sans masque. Il fallait que tous puissent voir son visage de gobelin. La terreur qui précédait la Question était exacerbée par la découverte de la nature du tortionnaire car tout le monde sait de quoi sont capables les gobelins.


Supplicier lui faisait plaisir, mais moins que ce à quoi il venait de parvenir. Humilier cet Akkylanien suffisant et imbu de sa personne lui arracha un sourire mauvais. La séance allait finalement durer un peu plus longtemps. Il ne s’arrêterait que lorsque tous les humains présents verraient leur inquisiteur bien aimé rendre son repas. Il poursuivit son travail tout en jetant quelques regards torves à son collègue.

 

« Encore un petit effort et j’aurais ma victoire. »


Les hurlements s’amplifièrent. C’en était trop pour Aelius. L’homme qui se trouvait sur le siège garni de clous portés au rouge par un procédé à base de naphte inventé par Theocrath n’était pas un syhar, un de ces horribles hérétiques, ennemis dissidents de la Vraie Foi, ayant suivi Dirz l’hérésiarque. C’était un de ses concitoyens égarés appartenant à l’une des Loges de Hod, la confrérie secrète soupçonnée de pactiser avec l’ennemi à force de lutter contre lui dans les laboratoires souterrains. Il finit par dégorger son repas sous le regard amusé de Theocrath.

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Dernière mise à jour de cette page le 05/12/2008

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