Demain tout ira bien ! Demain, tes tracas s’envoleront ! Combien de fois a-t-il entendu cela ? Il ne le sait. C’est toujours la même mélopée. Le même refrain que serinent à en perdre la voix ses relations. Quelle piètre chanson ! Le rythme est lancinant, le ton est monocorde. Le sujet n’est même pas original.
On lui a annoncé que son état allait s'améliorer. Le médecin chef se voulait rassurant. Souffre aujourd'hui pour te libérer demain. Quel excès d'optimisme ! Qu'il voudrait avoir des oreilles capables d'écouter les conversations de couloir ! Un discours toujours différent. Dans et hors de la pièce.
Par chance, pour atténuer sa douleur, on lui a allumé la radio. Une fréquence musicale. Les mêmes morceaux prophétiques qu'il écoutait dans sa voiture alors qu'il rentrait dans un mur.
Demain tout ira bien !. Combien de chanteur ont déclamé cette phrase ? Ils sont trop nombreux pour lui. Tous à psalmodier cette hérésie. Comment demain pourrait-il aller mieux ? C’est toujours de pire en pire. Avant hier son emploi, hier sa compagne. Aujourd’hui sa vie. Il sourirait bien à cette idée si les cathéters ne lui causaient pas une telle souffrance, si ses lèvres daignaient bien s’ouvrir.
Le poste radio crache les mêmes mélodies flasques. La mollesse des pseudos chanteurs qui déblatèrent sans arrêt leur foi dans le futur. Qu'en savent-ils? Eteindre ce poste pour ne plus avoir à subir ces prophètes sectaires, ces messies adulés. Mais comment faire quand on ne contrôle plus ses bras?
Il se laisse à penser à cette ritournelle. Demain tout ira bien ! Depuis quand n’a-t-il pas connu le bonheur ? A chaque jour suffit sa peine ! Alors elles se sont succédées, jour après jour, ne lui laissant aucun répit. D’un autre côté, demain ira certainement mieux. Ou, du moins, ce ne sera pas pire qu’aujourd’hui. Il va mourir bientôt. Vaut mieux, parce que rester un légume n'est pas dans ses projets. Ses soucis s’envoleront alors. Il sera enfin libéré de ses chaînes, de son assistant cardiaque.
Enfin libre ! Plus de demain.
Demain est arrivé ! Il s’envole, libre comme l’air. Sa vie enfin peut commencer. Un dernier regard sa carcasse. Peu reluisante. Vus d'en haut, les dégâts sont terribles. Une véritable boucherie. Il comprend son martyr. Il peut à présent partir, puisque plus rien ne le lie à cette ancienne vie. Partir à la découverte de ce nouveau monde dont il a tellement entendu parler. Pour l’instant, tout est noir. Un sombre couloir s’enfonce dans les ténèbres. Il faut le suivre. De toute façon, il n’y a rien d’autre à faire.
Marcher. Encore. L'horizon chimérique va finir pa arriver. Un prochain virage? Une dernière courbe ? Non, toujours pas.
Le jeune spectre commence à douter. Que devient la lumière que l’on promet aux mourants ? Que devient ce monde meilleur ? Le couloir s’élargit enfin. Mais il n’y a toujours pas de lumière. De sombres nuages tourbillonnent dans le ciel. Le jour nouveau s’est mué en nuit.
Le monde promis n’existe pas. Simple constat. Il est trop blasé pour souffrir. Après tout, ça ne change pas beaucoup. Tout juste esquisse-t-il un rictus nerveux. La lumière est une belle blague. A moins qu’il ne soit maudit, ou qu'il se soit trompé de route. Ca lui arrive souvent. Enfin... ça lui arrivait souvent durant sa courte vie. Pas de raison de changer. A tous les coups l'on perd. Nouveau bonneteau infernal.
Que lui promet l’avenir ? Toujours pire ! L’éternité à subir des déconvenues… Et l'éternité ça peut être long.
Un dernier rire le prend à la gorge. Demain tout ira mieux ! Quelle blague !