Urban Fantasy

Des éclats de voix montaient de la Grand place du village. Intrigué, Voleplume quitta son métier à draper pour sortir voir ce qui était la cause de ce raffut inhabituel… pas si inhabituel tout bien réfléchi. Cette dernière centaine d’année les mouvements de population étaient devenus monnaie courrante. A croire que le monde se déréglait pour que les peuples des lutins et des fées, pourtant si placides, ne sortent de leur réserve.

 

Lorsqu’il franchit la petite porte dorée à l’or fin, méticuleusement ouvragée de son atelier, ce fut pour se retrouver face à une véritable procession. Les fées et lutins de tout Souchebois s’étaient rassemblés. Cela faisait du monde sur cette place qui n’avait de grand que le nom. Voleplume se joignit à la foule vindicative, plus pour en savoir davantage que pour se mêler à leurs revendications, peu claires malgré la force avec laquelle les slogans étaient scandés. Tout ce qu’il pouvait saisir, c’était des mots épars parmi lesquels revenait sans cesse cette phrase : « Assez ! Tranquillité du petit peuple ! ».

 

 Il se tourna vers l’un de ses voisins assez remontés et lui demanda la cause de ce remue-ménage. Le lutin le regarda comme s’il s’agissait d’un simplet. Puis il daigna prendre la parole, voyant que Voleplume était sincèrement en quête d’informations.

 

 - Avez-vous dormi cette dernière centaine d’année pour ne pas vous douter de la raison de notre mécontentement ?

 - Je vis plutôt comme un scarabée, concéda Voleplume, penaud.

 - Nous en avons assez des humains !

 - Ce n’est pas neuf. 

 

 Son interlocuteur marqua une pause pour reprendre un slogan en hurlant, puis s’apprêta à relater ce qui s’était passé lorsque la fureur augmenta de plus belle. Le lutin désigna l’estrade aux harangues placée devant le palais des fées échevines.

 

 - Vous allez avoir de quoi nourrir votre soif d’information, foi de Champitroll ! lança le lutin en désignant un de ses congénères vêtu de noir de pied en cape grimpant à la tribune. Puis, voyant que Voleplume ne savait pas à qui il avait affaire, il compléta : « C’est Grincedent un de nos avocats les plus habiles. Pensez, il est capable de renverser le cours d’un procès ! Son habileté oratoire est légendaire ! Mais écoutez donc », termina-t-il alors que les membres de l’assistance le fusillaient du regard, comme s’il  venait de briser la magie d’un instant sacré. 

 

 Grincedent attendit que le silence se fasse. Il contempla longuement l’assistance. Des lutins, des fées, des farfadets. L’événement avait soudé la communauté. Il allait pouvoir jouer dessus pour se faire entendre. Il se racla la gorge, but un verre d’eau en prévision de son discours et ajusta une fleur de muguet pour qu’elle serve de porte-voix.

 

 - J’ai fait un rêve. Le rêve qu’un jour le petit peuple prendra sa revanche ! De qui ? De quoi ? Quelle menace nous fait-elle sortir de notre réserve ? Vous le savez. Elle tient en un mot : les humains ! Ils empiètent dans notre monde, saccagent nos villes et nos lieux de villégiature ! Ce n’est plus tenable ! Nous ne pouvons pas rester les bras croisés, à attendre que notre monde s’effondre ! 

 

 La foule applaudit à tout rompre. L’entrée en matière avait de quoi galvaniser les troupes. Voleplume lui-même se surprit à applaudir, sans pour autant savoir ce qui se tramait réellement. Champitroll n’était pas non plus le dernier à battre des mains. Grincedent était son idole, il ne s’en était pas caché. Lorsque le silence revint, l’orateur reprit son oraison.

 

[suite]

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Dernière mise à jour de cette page le 27/01/2008

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